Lecture #3

Nous voici arrivés au 3ème numéro de ce rendez-vous Nature Writing et aujourd’hui, je vous ai sélectionné 3 coups de coeur. Carrément.

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Butcher’s Crossing, John Williams (Editions 10/18)

Dans les années 1870, persuadé que seule la nature peut donner un sens à sa vie, le jeune Will décide de quitter le confort de Harvard pour tenter la grande aventure dans l’Ouest sauvage. Parvenu à Butcher’s Crossing, une bourgade du Kansas, il se lie d’amitié avec un chasseur qui lui confie son secret : il est le seul à savoir où se trouve l’un des derniers troupeaux de bisons, caché dans une vallée inexplorée des montagnes du Colorado. Will accepte de participer à l’expédition, convaincu de toucher au but de sa quête. Le lent voyage, semé d’embûches, est éprouvant mais la vallée ressemble effectivement au paradis. Jusqu’à ce que les deux hommes se retrouvent piégés par l’hiver…

A mi-chemin entre le western et le roman initiatique, j’ai beaucoup aimé ce roman lu l’an dernier. Malgré la « violence » de certains passages. L’auteur raconte la chasse au bison, hein. Dans le genre massacre. Avec des descriptions, des détails et du réalisme. Notamment sur le dépeçage des bêtes. Ne le commencez pas si vous n’en voulez pas. J’ai pourtant adoré. Et c’est une âme sensible qui vous le dit. Plus qu’un voyage, c’est une aventure (sauvage et humaine). Avec la poésie et la lenteur nécessaires à un tel récit. Comme une contemplation de la nature.

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson (Editions Folio)

Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelques temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie. J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché de vivre dans la lenteur et la simplicité. Je crois y être parvenu. Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à l’existence. Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si la richesse revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ? Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

Mon 1er coup de cœur de l’année 2019 ! Et quel coup de cœur ! La manière dont l’auteur raconte son aventure, son rapport à la nature, les descriptions des paysages, des lieux et des personnes… C’est simple, j’avais l’impression d’y être moi aussi. Et je l’ai envié. Au bord du lac Baïkal, une tasse de thé à la main et le regard vers la montagne ou dans la cabane avec un livre et un verre de vodka… J’ai marché dans la neige, j’ai écouté le silence, j’ai respiré cette vie-là. Et c’était beau. Vraiment.

Wild Idea, Dan O’Brien (Editions Folio)

Voici l’histoire de la Wild Idea Company, l’entreprise familiale de Dan O’Brien consacrée à l’élevage et la production du bison dans le respect de l’éthique indienne. Le récit d’une lutte héroïque et folle pour la restauration d’un patrimoine écologique inestimable, par l’un des plus grands auteurs de nature writing.

C’est cette dernière phrase de présentation qui m’a convaincue. Et après avoir lu ce récit, je dois bien reconnaître que je suis d’accord avec cela. Ce fut une merveilleuse lecture. Une merveilleuse aventure. Tout y est. Les grands espaces, l’amour de la terre et des bêtes, le discours éthique et écologique, le respect qu’on éprouve pour les personnes… Tout ce qui fait ce que j’aime dans ce style de lecture. Cela me rappelle ce que je ressens avec Rick Bass. Et comme avec lui, je vais lire d’autres récits de Dan O’Brien. C’est un gros coup de cœur.

Si vous cherchez d’autres idées de livres : Lecture #1, Lecture #2

Lecture #2

Pour cette 2nde sélection de lecture type nature writing, je vous ai choisi 3 coups de coeur. Ou presque.

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Indian Creek, Pete Fromm (Éditions Gallmeister, collection Totem Nature Writing)

Le garde commença à parler de bois à brûler. Je hochais la tête sans arrêt, comme si j’avais abattu des forêts entières avant de le rencontrer.

– Il te faudra sans doute sept cordes de bois, m’expliqua-t-il. Fais attention à ça. Tu dois t’en constituer toute une réserve avant que la neige n’immobilise ton camion.

Je ne voulais pas poser cette question, mais comme cela semblait important, je me lançai :

– Heu… C’est quoi, une corde de bois ?

Ainsi débute le long hiver que Pete Fromm s’apprête à vivre seul au coeur des montagnes Rocheuses, et dont il nous livre ici un témoignage drôle et sincère, véritable hymne aux grands espaces sauvages.

Ah, Indian Creek… Quel coup de coeur ! C’est extraordinaire. J’ai tellement eu envie de faire mon sac pour aller rejoindre Pete Fromm dans le Montana enneigé. J’avoue, j’ai parfois ri de son inexpérience (même si, de toute façon, je n’aurais pas fait mieux !) ou de sa naïveté mais le voir progresser, c’était aussi une petite victoire pour moi. C’est drôle et dur (voire cruel) à la fois mais il fait partie de ces “personnages” auxquels on ne peut que s’attacher. Humble et honnête, il raconte merveilleusement bien son aventure de solitude, de nature et de vie.

Désert solitaire, Edward Abbey (Éditions Gallmeister, collection Totem Récit)

Peu de livres ont autant déchaîné les passions que celui que vous tenez entre les mains. Publié pour la première fois en 1968, Désert Solitaire est en effet de ces rares livres dont on peut affirmer sans exagérer qu’il changeait les vies comme l’écrit Doug Peacock. A la fin des années 1950, Edward Abbey travaille deux saisons comme ranger dans le parc national des Arches, en plein coeur du désert de l’Utah. Lorsqu’il y retourne, une dizaine d’années plus tard, il constate avec effroi que le progrès est aussi passé par là.

Cette aventure forme la base d’un récit envoûtant, véritable chant d’amour à la sauvagerie du monde, mais aussi formidable coup de colère du légendaire auteur du Gang de la clef à molette.

Désert solitaire est le récit d’une vie d’avant. Du Arches National Monument (Utah) d’avant. Avant l’homme et la civilisation. Avant le tourisme de masse, le tourisme dit industriel. On y lit la rancoeur et l’amertume de Edward Abbey. Et aussi un peu d’inconscience et d’hypocrisie. Voire même de la contradiction. J’ai parfois eu l’impression qu’il prenait un ton supérieur (genre, il vaut mieux que nous) mais j’ai compris ce qu’il voulait dire (je le ressens parfois). Et, au final, et même si ce n’est pas le coup de coeur auquel je m’attendais, j’ai beaucoup aimé.

Promenons-nous dans les bois, Bill Bryson (Éditions Payot)

Rentré aux Etats-Unis après des années d’absence, le désopilant Bill Bryson à redécouvert ses concitoyens et les à décrits dans American Rigolos. Il a aussi voulu faire un retour à la nature en s’attaquant à l’Appalachian Trail, un sentier qui serpente sur 3 500 km, du Maine à la Géorgie.

Dans cette aventure mêlant histoire naturelle et histoires drôles, il s’est choisi pour compagnon un ancien copain d’école. Car mieux vaut ne pas marcher seul dans les bois, où l’on risque de croiser d’étranges créatures qui n’ont pas l’humour de l’auteur…

Quand j’ai vu que le film que je venais d’adorer était tiré d’un livre, j’ai eu immédiatement envie de le lire. J’avais tellement ri. Bon, je ne l’ai pas lu de suite. Mais ce n’est pas plus mal, j’aurais été trop dans le film, je pense. Je voyais Robert Redford et j’entendais Nick Nolte, je n’aurais pas pu m’en détacher. Bref, je l’ai lu et j’ai ricané comme une idiote du début à la fin. Alors, ce n’est pas le plus typique du genre (est-ce du nature writing, d’ailleurs ?) mais ce récit est trop drôle pour passer à côté.

Retrouvez d’autres idées : Lecture #1

Lecture #1

Pour tout un tas de raisons, j’aime vivre en ville (la vie culturelle !!!). Mais (et vous l’avez bien compris), dès que je peux, direction la nature, le bon air et les grands espaces. Chaque week-end, je vais donc faire un tour dans les volcans auvergnats, du massif du Sancy ou de la Montagne Bourbonnaise. Le problème des week-ends, c’est qu’ils sont séparés par la semaine. 5 jours sans sortir de la ville, oui, je suis parfois frustrée. Le lundi, ça va encore. Mais le jeudi matin, le manque se fait cruellement ressentir. Il me faut donc une alternative, la possibilite de fuir sans avoir à bouger d’ici. Et quel meilleur moyen de s’évader que la lecture ?

Vous me connaissez, je suis quelqu’un de sympa, je me suis dit que ça pourrait peut-être vous intéresser si je partageais quelques idées avec vous. Aujourd’hui (et probablement les fois suivantes aussi, j’aimerais que ce soit un rendez-vous récurrent), je vous ai sélectionné 3 récits de type nature writing. Le nature writing étant un genre littéraire qui fait la part belle à la nature et à l’aventure, si possible américaine et solitaire.

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Walden, Henry David Thoreau (Editions Gallmeister, collection Totem Récit)

En 1845, Henry David Thoreau part vivre dans une cabane construite de ses propres mains, au bord de l’étang de Walden, dans le Massachusetts. Là, au fond des bois, il mène pendant deux ans une vie frugale et autarcique, qui lui laisse tout le loisir de méditer sur le sens de l’existence, la société et le rapport des êtres humains à la Nature. Une réflexion sereine qui montre qu’il faut s’abstraire du monde et de ses désirs pour devenir réellement soi-même.

Lire du nature writing et ne pas lire Walden aurait été une ineptie. On dit de lui qu’il est un peu le précurseur du genre. Je ne sais pas si c’est vrai. Mais jai trouvé Walden différent de mes autres lectures du meme genre. Peut-être parce que ce n’est pas un ermite qui se coupe totalement de la civilisation, contrairement à d’autres auteurs et aventuriers. Ça n’en reste pas moins un récit philosophique qui nous amène à réfléchir et nous poser des questions sur notre propre condition. Malgré des répétitions et de la digression, j’ai beaucoup aimé.

Winter, Rick Bass (Editions Folio)

Winter est le récit de l’installation de Rick Bass et de sa femme dans un coin reculé du Montana en plein hiver. Pas d’électricité, pas de téléphone, juste un saloon à une demi-heure de route. Mais une vallée comme au début du monde, une nature splendide et cruelle. Par moins trente-neuf degrés, le rêve se fait parfois souffrance. Dans une prose lumineuse, le défenseur de l’environnement Rick Bass redécouvre, au terme d’un progressif dépouillement, l’essentiel.

C’est, je crois, le premier titre du genre que j’ai lu. Et il reste parmi mes favoris. L’aventure de Rick Bass, je ne l’ai pas seulement lue. Il la raconte tellement bien que je l’ai vécue. C’est un récit merveilleux. Sur l’homme. Sur son rapport à la nature. Et sur la Nature elle-même. C’est passionnant. Il n’y a pas de rebondissements de foufou mais ses descriptions (même anodines) donnent l’impression d’y être. Et donne terriblement envie d’y être (malgré les conditions difficiles). Je crois d’ailleurs que je vais le relire… Un vrai coup de coeur.

Wild, Cheryl Strayed (Editions 10/18)

Lorsque, sur un coup de tête, Cheryl Strayed enfile son sac à dos, elle n’a aucune idée de ce qui l’attend. Tout ce qu’elle sait, c’est que sa vie est un désastre. Entre une mère trop aimée, brutalement disparue, un divorce douloureux et un lourd passé de junky, Cheryl vacille. Pour tenir debout et affronter les fantômes de son passé, la jeune femme n’a aucune réponse, mais un point de fuite : tout quitter pour une randonnée sur le « Chemin des crêtes du Pacifique ». Lancée au coeur d’une nature immense et sauvage, seule sous son sac à dos trop lourd, elle doit avancer pour survivre, sur 1 700 kilomètres d’épuisement et d’effort, et réussir à atteindre le bout d’elle-même. Une histoire poignante et humaine, où la marche se fait rédemption.

Je n’ai rien à fuir. Ni fantômes du passé, ni doutes du présent, ni peurs du futur. N’empêche que, certains jours, j’ai bien envie de tout plaquer pour faire le point et me retrouver avec moi-même. Peut-être pour mieux m’aimer. Mais il faut quand même une bonne dose de courage (que je n’ai pas) et, pour ça, j’admire Cheryl Strayed. J’avais vu le film (avec Reese Witherspoon) et j’avais tellement aimé que, je crois, ça a faussé mon jugement sur le livre. J’ai parfois trouvé ça long. Mais ce n’était peut-être pas le bon moment alors je crois que je le relirai aussi. Je vous le conseille également.

Voilà pour une 1ère sélection. Je n’avais pas prévu de parler littérature sur ce blog mais le nature writing est un style que je lis (et aime) régulièrement et qui, ma foi, s’intègre plutôt bien à ce que je raconte en grande partie ici, mon besoin (et mon envie) des grands espaces et de nature. D’ailleurs, si vous avez des titres à conseiller, n’hésitez pas. Et si vous voulez tester d’autres titres, allez zieuter du côté des éditions Gallmeister qui ont un catalogue de quantité et de qualité.